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Lettre des Aires Protégées d’Afrique - Juin 2017

jeudi 1er juin 2017, par RIFFEAC / IT

La NAPA n°109 nous parle du renforcement des capacités des gardes des AP en Afrique et des critères pour assurer leur formation, mais aussi des quotas de chasse au lion.

Quod abundat non vitiat : abondance de biens ne nuit pas. Cette locution latine signifie qu’avoir plus que de besoin est mieux que d’être à court de ressources. C’est sans doute vrai le plus souvent, question de bon sens. En est-il de même pour la conservation ? La question peut se poser.

En Afrique, le nombre d’organisations se réclamant de la nature, de l’environnement, de la faune sauvage, bref de la conservation en général, est intrigant. Etonnamment faible si l’on considère tout ce qu’il y a à faire, étonnamment fort si l’on jauge ce qui est fait.

A l’échelle locale, les ONG de protection de la nature éclosent au gré des causes qui ne manquent pas. C’est plutôt sain puisqu’elles aident à faire connaître des situations qui autrement resteraient oubliées. Leur légitimité est rarement questionnable, leur durabilité plus incertaine. Que la cause trouve une issue heureuse ou pas, elles ont tendance à lui survivre et se transforment alors en organisations dont le but premier est de rester. Parfois pour le meilleur, en embrassant de nouvelles causes et en évoluant avec elles, parfois pour le pire en abandonnant le produit pour ne garder que l’emballage. Elles devraient être des start-up qui se créent pour remplir un besoin et meurent s’il disparaît. Mais, interventions externes aidant, un bon nombre parviennent à se maintenir en dehors de cette équation.

A plus grande échelle, c’est pire. Les grandes ONG de conservation, les BINGOs, n’ayant pas la légitimité du terrain, recherchent celle du thème. Il y a celles qui traitent d’une espèce, ou d’un milieu, ou d’un pays, ou d’une région… Celles qui défendent une catégorie d’acteurs, une approche conceptuelle, un principe… Celle qui reposent sur un nom emblématique, une famille, une fortune… A force de se multiplier, elles se chevauchent, s’empilent voire s’opposent. Dans le même parc, on trouvera une association travaillant sur les carnivores, une qui défend les ongulés, celle qui protège les éléphants, celle qui prévient leurs conflits, une qui sanctuarise les lacs quand une autre promeut la pêche durable, cette fondation qui aide l’Etat quand cette autre veut le remplacer par le secteur privé, une qui donne la parole aux communautés et une autre qui ne jure que par les institutions supra étatiques…

Pas grave me direz-vous. Sauf que chacune a ses coûts structurels et que l’accumulation de ces coûts se fait au détriment des objectifs. Que chacune, à son heure, devra assurer sa survie et que celle-ci se fera en ponctionnant les moyens dévolus à l’action. Que dans ce concert de voix dissonantes, le gestionnaire du parc, ses partenaires, ne comprennent plus quelle direction prendre. Et finissent par suivre le train du plus offrant, changeant de wagon au fil des opportunités, déconstruisant leur stratégie comme des girouettes malmenées.

Que faire ? Qui peut le faire ? Je ne sais pas. Mais il faut parvenir à clarifier le rôle, la place, la valeur de chaque acteur et se débarrasser de ceux, surnuméraires ou illégitimes qui divertissent les moyens par ailleurs indispensables. En Afrique, il faut sans doute renforcer l’apport des organisations qui naissent du terrain et limiter celui, top-down, de celles dont les agendas, la philosophie ou les coûts sont parfois contradictoires avec les réalités ou les nécessités locales. Serons-nous capables de faire cela ?

Source : Mediaterre

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