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L’utilité des pesticides déboulonnée

jeudi 1er juin 2017, par RIFFEAC / IT

Alors que l’industrie des pesticides affirme que ses produits sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire d’une population mondiale en pleine croissance, un nouveau rapport de l’ONU conclut qu’il s’agit carrément d’un mythe. Qui plus est, ces produits toxiques posent des risques majeurs pour la santé et l’environnement.

Il est temps d’amorcer une transition vers « une production alimentaire et agricole plus saine », concluent les auteurs du rapport.

Le rapport présenté ce mercredi au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies critique sévèrement le recours à grande échelle aux pesticides dans toutes les régions du monde, au nom de la productivité de l’agriculture industrielle.

Les auteurs accusent directement la puissante industrie qui commercialise ces produits de nier systématiquement les risques et les impacts des pesticides pour la santé humaine et l’environnement. Les multinationales auraient aussi recours à des stratégies de marketing « non éthiques et agressives », en plus de mener d’intenses campagnes de lobbying auprès des gouvernements dans le but de « bloquer » les réformes et les restrictions sur l’utilisation des pesticides.

Décès prématurés

Pourtant, souligne le rapport, les pesticides ont «  des impacts catastrophiques sur l’environnement, la santé humaine et la société ». Ils provoqueraient, chaque année, la mort de plus de 200 000 personnes, selon les conclusions des experts de l’ONU. La quasi-totalité de ces décès surviendrait dans les pays en développement, « où les réglementations dans le domaine de la santé, de la sécurité et de l’environnement sont plus souples et appliquées moins rigoureusement ».

Il est temps, concluent les auteurs du rapport, d’amorcer une transition vers « une production alimentaire et agricole plus saine ». En clair, sortir du paradigme de la seule agriculture industrielle intensive, grande consommatrice de pesticides. Plusieurs pays, sous la pression d’intérêts économiques, se sont en effet détournés de l’agriculture destinée à l’alimentation des populations locales pour prendre le virage de la grande industrie destinée à l’exportation.

Mythe industriel

L’ONU s’attaque du même coup aux prétentions de l’industrie, qui affirme couramment que ses produits sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire pour la population mondiale, dans un contexte où celle-ci doit dépasser les neuf milliards d’êtres humains en 2050.

« C’est un mythe, laisse tomber Hilal Elver, rapporteuse spéciale pour le droit à l’alimentation. L’utilisation de plus de pesticides n’a rien à voir avec la réduction de la faim [dans le monde]. Selon la FAO, nous pourrions nourrir neuf milliards de personnes aujourd’hui. La production augmente, mais le problème demeure la pauvreté, les inégalités et la distribution. »

Selon Mme Elver, le recours à plusieurs pesticides est dû à des cultures qui ne servent pas directement à nourrir l’humanité. C’est le cas par exemple de l’huile de palme, une culture qui contribue par ailleurs à la déforestation, notamment en Asie. « Les entreprises [du secteur des pesticides] ne travaillent pas pour la réduction de la faim, elles travaillent pour une croissance de l’activité agricole à grande échelle », insiste Mme Elver.

Ce rapport particulièrement sévère fait écho à de nombreuses critiques formulées au fil des ans par les groupes environnementaux et les écologistes. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la présence accrue des pesticides serait responsable de divers problèmes chroniques de santé, mais aussi de plusieurs milliers de décès prématurés chaque année.

Flou au Québec

Au Québec, le commissaire au développement durable concluait en juin dernier que le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) ne fait pas de suivi adéquat de l’utilisation des pesticides dans la province.

« Le MDDELCC n’a pas de portrait complet de l’utilisation des pesticides pour le milieu agricole, ce qui limite la précision de son calcul des indicateurs de risque pour la santé et l’environnement  », soulignait ainsi le commissaire Jean Cinq-Mars.

Le gouvernement du Québec avait pourtant promis en 2011 de réduire le recours aux pesticides de 25 %, et ce, d’ici 2021. En 1992, le gouvernement avait aussi promis de réduire leur présence de 50 % avant 2002. Chaque fois, ce fut un échec, puisque les pesticides ont connu une hausse marquée au cours des années.

Source : Le Devoir

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